10.12.2007
La République vendue aux industriels de la culture
Le 23 novembre dernier, le président de la République, Nicolas Sarkozy, recevait – et approuvait – le rapport dit « Olivennes », intitulé Le développement et la protection des oeuvres culturelles sur les nouveaux réseaux.
Il est dommage que la plupart des médias ne se soient que fort peu intéressés à cet événement, qui est un exemple-type de la conjonction de deux dangers graves, caractéristique de notre époque :
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la fuite en avant d'organisations commerciales incapables d'innover et cherchant avec rapacité à préserver les bénéfices qu'elles retirent d'un système condamné à l'obsolescence
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la collusion du politique avec les intérêts financiers privés, et l'abdication de ses prérogatives à leur profit
Les affirmations hâtives du rapport Olivennes
Constatant que « La situation en France est marquée par une offre illégale très forte, et inversement une consommation légale encore très faible, notamment pour la musique. », et rappelant ensuite que « au premier semestre 2007, les ventes physiques ont baissé de – 20 % », le rapport Olivennes n'y va pas par quatre chemins, et assène que ce qui est en jeu, c'est carrément « la vitalité de la création » et « l'identité de la France et de l'Europe ».
Naturellement, la dramatisation ampoulée de la formulation n'est là que pour pallier la faiblesse de l'argumentation qui, en à peine neuf lignes, prétend poser la base théorique du diagnostic sur lequel va s'appuyer l'intégralité du rapport.
Il est tout d'abord intéressant de constater que le rapport n'ose pas expliciter le lien, se contentant d'annoncer la juxtaposition des deux faits en laissant au lecteur le soin d'interpréter cette juxtaposition comme une corrélation.
Et pour cause : cette corrélation est loin d'être prouvée. Au contraire, les études menées tendent à prouver que le téléchargement incite au contraire à l'achat : la découverte des fichiers en mp3 téléchargés gratuitement semble bien donner envie à bon nombre d'internautes d'acheter l'album correspondant.1
La mise en garde concernant une menace contre « la vitalité de la création » ne résiste guère mieux à la critique : le téléchargement via par exemple le peer-to-peer concerne essentiellement les productions les plus médiatisées, les plus connues, bref les plus vendues. Les artistes les plus indépendants, à la diffusion plus confidentielle, sont fort peu touchés par le phénomène (ne serait-ce qu'en raison du principe même du peer-to-peer, qui rend d'autant plus disponible un fichier qu'il a plus de succès)
Il n'est pas interdit de se demander si ce ne serait pas là la vraie motivation du rapport Olivennes : continuer à générer de gros profits en s'appuyant sur les vedettes les plus médiatisées, leur garantissant au passage de rester multi-millionnaires, quitte pour cela à s'arc-bouter sur une industrie des produits culturels devenue complètement obsolète.
La course au fric
L'acteur majeur de la culture selon Olivennes, celui dont il faut défendre le magot, c'est donc la vedette multi-millionnaire hypermédiatisée, que l'on aime comme une idole, bien plus que par admiration pour son oeuvre. Cette façon même d'envisager les choses est à mon avis révélatrice de l'obsolescence du modèle qui en découle : il me semble que l'exigence de qualité artistique est aujourd'hui bien plus forte que la demande d'idole nouvelle, qui prévalait autrefois (il suffit pour s'en convaincre de constater l'essor de la « nouvelle chanson française », basée sur des textes de qualité plutôt que sur des personnalités médiatiquement flamboyantes).
C'est en partie là qu'il faut à mon avis chercher l'explication de la baisse des ventes : de moins en moins de gens sont prêt à dépenser une vingtaine d'euros pour ceci, album de reprises effectuées par de sympathiques héros de téléréalité qui ne savent chanter que depuis quelques semaines.
Pour le dire plus clairement, tant que le consommateur estimera que la musique qu'on lui propose ne mérite pas d'être achetée - surtout à ce prix-là, il ne l'achètera pas... Et il y a fort à parier que, s'il ne peut plus la télécharger gratuitement, ce n'est pas ça qui lui donnera envie de l'acheter....
La stratégie des « majors » semble toujours basée sur la théorie dépassée qui voudrait que le client soit prêt à payer le prix fort pour avoir le disque-vedette uniquement parce que c'est le disque de la vedette, ou le disque correspondant au phénomène médiatique du moment, sans se soucier de la qualité de l'exécution ni de l'originalité des oeuvres.
Tant que cette théorie sera considérée comme actuelle, tant que l'industrie culturelle restera incapable de s'adapter à un public beaucoup plus exigeant qu'il ne le croit, il y a fort à parier que la baisse des ventes continuera...
S'ajoute sans doute à l'obsolescence de cette stratégie un phénomène de rejet vis-à-vis de l'obscénité avec laquelle l'industrie culturelle joue sans complexe les pompes à fric, sur (au moins) deux points essentiels :
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20 euros la galette en plastique, c'est cher.
Beaucoup trop cher si l'on remarque que de vieux CD sont vendus une dizaine d'euros. Il est donc assez raisonnable de penser qu'un CD vendu 20 euros dégage (au moins) 10 euros de bénéfices purs.
Beaucoup trop cher si l'on considère en plus qu'il faudra racheter ladite galette si on la perd ou si elle s'abîme avec le temps, et donc payer une deuxième fois des droits d'auteur qui devraient être acquis pour toute la vie.
Beaucoup trop cher si l'on considère le cachet des artistes-stars. Est-il absolument indispensable qu'un artiste, même très connu, même très doué, soit multimillionnaire ? Le maintien de sa fortune énorme constitue-t-il une raison valable pour qu'un CD soit si cher ?
Beaucoup trop cher, de plus, dans l'exemple que j'ai choisi, puisque le CD est issu d'enregistrement effectués lors d'émissions de télévision qui ont elles-mêmes apporté leur lot d'espèces sonnantes et trébuchantes grâce aux recettes publicitaires générées : avant même que je le consommateur l'achète, la musique contenue dans le CD a déjà apporté des bénéfices. -
Obscène aussi, la taxe de copie privée, prélevée sur chaque CD et DVD vierge acheté (1,59 euro sur un DVD vierge) et même sur les clés USB et les disques durs externes. Cette taxe a pour but de « compenser les pertes » qu'engendre la copie privée sur les droits d'auteurs.
Même si vous ne vous servez de ces supports que pour stocker vos données (documents, photos, vidéos de vacance...), vous paierez cette taxe, versant ainsi des droits d'auteurs alors que vous n'effectuerez jamais la moindre copie d'une oeuvre...
Comment admettre dés lors qu'on puisse faire payer au consommateur une taxe pour compenser un éventuel futur manquement aux droits d'auteurs, pour ensuite exiger qu'il ne commette pas le manquement pour lequel il a déjà payé une somme compensatoire ?
L'obsession de générer des profits démesurés a fait oublier aux industries culturelles leur vocation première. Ne sachant plus réellement quel est le but de leur existence, elles s'arc-boutent sur des modèles dépassés, et n'ont plus aucun respect pour le client, considéré comme une vache à lait, qu'il faut faire payer autant que possible, sous tous les prétextes possibles, quitte à faire appel aux raisonnements les plus fallacieux. Voilà le premier des deux maux emblématiques de notre époque que nous révèle le rapport Olivennes.
La compromission du politique
Je viens de tenter de prouver que le modèle défendu par le rapport Olivennes n'était guère défendable. Mais le plus inquiétant n'est pas dans cette erreur fondamentale, il est dans les moyens qui sont envisagés pour le défendre, avec la complicité active des institutions de la République.
L'un des fondements moraux de notre république – si fondamental en réalité qu'on en oublie qu'il n'a rien de naturel – est la conscience d'un bien commun, d'un destin commun, d'une société commune, bref d'une chose publique (Res Publica en latin, qui nous a donné le mot république). Se placer au-dessus des intérêts particuliers, tâchant de tous les prendre en compte, mais aussi de tous les dépasser au nom du bien commun, voici sans doute le changement intellectuel qui a fait passer de la loi du plus fort à l'idéal républicain.
Dans cette optique, il était hors de question, par exemple de laisser la force à qui pouvait la prendre : c'est ainsi qu'il a été convenu pour le bien de tous de définir une entité unique ayant seule la légitimité nécessaire pour faire usage de la force, ayant seule la légitimité nécessaire pour contraindre l'individu : cette entité, c'est l'Etat.
Les questions – essentielles - de savoir quand cette force est effectivement légitime, et quelle contrainte l'Etat est moralement en droit d'exercer ne m'occuperont pas ici, malgré leur importance. Ce qu'il m'importe de souligner pour le sujet qui nous occupe, c'est l'idée que la République, qui en France reçoit sa légitimité du peuple, cherche avant tout le bien commun, et est seule habilitée à déclarer qui a commis une infraction, qui doit être contraint, voire puni.
Le rapport Olivennes, approuvé en des termes flamboyants par le président de la République, pourtant théoriquement garant de l'intégrité de l'Etat, réclame clairement le droit pour les intérêts financiers privés de s'affranchir de ces principes.
On y trouve en effet la proposition de créer une « autorité », qui, une fois l'infraction constatée « aurait pour mission d’assurer la phase d’avertissement, soit avant de prononcer elle-même une sanction, soit en amont de l’intervention du juge. »
Par cette proposition, rappelons-le entérinée par le président de la République, la mission Olivennes remet gravement en cause les principes que je viens d'évoquer en s'arrogeant le droit de rendre « justice », de prononcer et de contraindre à des sanctions, droits que seul peut exercer un pouvoir judiciaire impartial et légitime. Le droit de contrainte et de sanction pour la défense de seuls intérêts privés revient ni plus ni moins à autoriser les acteurs de l'industrie culturelle à mettre en place leur propre milice, leur propre force de répression privée. C'est le premier principe républicain fondamental bafoué par la mission Olivennes avec la bénédiction du président de la République : seules les institutions légitimes de la République ont le droit de prononcer des sanctions et de les faire exécuter.
Cette prise de pouvoir sur une partie des pouvoirs de l'Etat fait d'autant plus froid dans le dos quand on relève la légèreté des solutions techniques proposées pour « dépister » le téléchargeur illégal : en réalité aucune des mesures préconisées ne permet d'obtenir la preuve qu'un téléchargement illégal a été effectivement commis par l'internaute2 . Dans la justice toute particulière confiée aux mains de cette « autorité », il n'est pas nécessaire que la culpabilité soit avérée pour qu'il y ait sanction (le but étant sans doute plus de faire peur que de rendre la justice). C'est le deuxième principe républicain fondamental bafoué par la mission Olivennes avec la bénédiction du président de la République : la présomption d'innocence.
Il y aurait bien d'autres choses à rajouter (notamment l'appel à pouvoir s'affranchir de la CNIL pour la collecte des adresses IP, également très grave), mais tout, finalement découle de cette trahision du politique : le chef de l'Etat, garant de l'intégrité de l'Etat, vient d'accepter que deux principes fondamentaux de la Républiques puissent être exceptionnellement ignorés pour asseoir le pouvoir d'intérêts financiers privés.
Oui en réalité, il est bien dommage que ce rapport et son approbation chaleureuse par l'Elysée n'aient pas été plus amplement débattus, plus clairement montrés par les médias, tant il constitue un exemple parfait du cocktail explosif qui menace de plus en plus sérieusement l'avenir de la République : la compromission d'un pouvoir politique oublieux de l'idéal républicain avec des industries sans projet industriel lancées dans une course folle aux profits toujours plus obèses et injustifiés...
(NB : je ne prétends pas ici avoir fait le tour de la question, et avoir intégralement répondu à l'argumentation hâtive du rapport Olivennes. Mon but était seuelementd'essayer de montrer en quoi cette question et l'attitude pitoyable de N. Sarkozy illustrent une tendance lourde qui nous menace. Pour plus d'informations sur le sujet internet+droit d'auteurs lui-même, voir par exemple le site eucd.info , et de nombreuses notes claires, synthétiques et documentées sur divers blogs, par exemple, celle-ci )
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16.04.2007
Du vote utile (2)
J 'expliquais dans mon précédent billet pourquoi il me semblait important de ne pas se laisser tenter par la théorie du vote utile, régression consentie de la liberté de vote empêchant au peuple d'exprimer son sentiment profond – ce que lui permet pourtant le système électoral – et renforçant à moyen terme la binarisation de la vie politique et le partage du pouvoir entre deux versions également sourdes et aveugles d'une même caste.
J'imagine que l'argumentation purement réfutative que je proposais ainsi ne sera pas totalement suffisante pour vous convaincre si vous êtes tenté par le vote utile. Même si vous admettez les arguments que je propose, cela n'est peut-être pas suffisant pour lever vos doutes : si le vote utile rencontre un certain sucés, c'est qu'il est perçu comme une réponse à un malaise global sur le déroulement des élections de nos dirigeants. Et mon billet précédent, ne parlant pas de ce malaise, n'a probablement pas pu le dissiper.
J'ai instinctivement l'impression que, si le vote utile est perçu comme une bonne réponse, c'est avant tout parce que les interrogations qui y conduisent ne sont jamais clairement posées.
Partant du principe qu'un problème bien posé est à moitié résolu, j'espère, en tentant de préciser les choses, vous éloigner définitivement de la fausse solution qu'est à mon avis le vote utile.
Collège électoral ?
Ce qui pousse au vote utile, c'est d'abord la crainte d'être déçu par la configuration du second tour. Le précédent du 21 avril 2002 (second tour J. Chirac / J.-M. Le Pen) m'est souvent cité en exemple, en substance sous la forme « il ne faudrait pas qu'on se retrouve encore avec Le Pen au deuxième tour. »
Je suis toujours frappé de cette formulation. Il ne faudrait pas « qu'on se retrouve ». Comme si le résultat du premier tour tombait du ciel sans raison, alors qu'il est l'émanation de l'expression du collège électoral.
Et cette formulation même révèle à mon sens la clé du problème : si beaucoup d'électeurs sont tentés par le « vote utile », c'est avant tout parce qu'ils ont l'impression que le vote sincère, le vote « en son âme et conscience » ne permet pas l'expression de leur volonté. Le processus, pourtant démocratique, de l'élection présidentielle leur laisse cependant l'impression qu'ils sont en train de se faire avoir.
Pourquoi ?
D'abord, sans doute, par un certain affaiblissement de l'esprit de corps électoral : dans une démocratie où à peu près 45 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, chaque voix est en un sens insignifiante, individuellement parlant. Être conscient du caractère démocratique de notre République, ce serait d'abord prendre acte de l'opinion de la majorité et l'assumer, sans en contester jamais le caractère souverain.
Au lieu de quoi le vote utile est fin de non-recevoir opposée au vote majoritaire, qui n'est plus vécu comme souverain, et que le partisan du vote utile cherche à contrecarrer, fût-ce en renonçant à sa propre liberté de choix.
Le rapport du citoyen au corps électoral me semble faussé, tendant à l'individualisme, qui oublie que l'électeur est d'abord la partie d'un tout.
D'où vient que la République n'est plus capable de susciter en nous la conscience forte de faire partie d'un collège électoral ?
Un malaise dans les institutions
A l'instar de la présentation de la vie politique dans les médias, la binarisation s'est installée dans la structure même de la République. A commencer par les dépositaires du second pouvoir, le pouvoir législatif.
L'Assemblée Nationale est censée représenter l'incarnation du pouvoir législatif, sur un pied d'égalité avec le pouvoir exécutif. Au lieu de quoi elle semble traditionnellement soumise au président de la République : la synchronisation des élections législatives avec la présidentielle la vide de son sens, et s'apparente plus à une formalité visant à donner une majorité au président nouvellement élu. Même suivisme dans la formation et l'idéologie des partis politiques, qui sont par nature même des partis présidentiels, n'ayant comme but que de faire élire un président, auquel les députés devront leur élection, ce qui crée des liens d'inféodation malsains. Tout concourt donc à faire de l'Assemblée Nationale le lieu de domination du camp présidentiel, ce qui n'est pas sa vocation.
Je vois un parallèle avec la théorie du vote utile qui cherche d'une certaine façon à escamoter le premier tour de l'élection présidentielle, tour d'expression, au profit du second, binaire. En choisissant d'être une « armée présidentielle », sans nuance, sans critique, sans contradiction, les députés agissent de la les députés abolissent la complexité du vote français, pour n'en conserver qu'une binarité artificielle.
Double affaiblissement, donc : affaiblissement de la représentativité, et affaiblissement de l'équilibre des pouvoirs.
Dés lors, comment s'étonner que les électeurs ne croient plus à la cohésion et à la diversité du corps électoral, puisque les usages en vigueur tendent tous à étouffer les échos de ces nuances qui s'expriment ?
Comment s'étonner que le premier tour de l'élection présidentielle semble ne plus compter pour nombre d'entre nous, puisque l'on sait d'avance que c'est la binarisation du second tour qui seule sera reproduite dans les institutions ?
Une solution ?
La solution se situe là où se trouve le mal : dans les institutions même de la République.
Vous l'aurez compris, je pense qu'il ne faut pas faire appel au vote utile pour résoudre le problème, mais plutôt recadrer nos institutions et leur faire à nouveau remplir le rôle pour lequel elles ont été conçues.
Il est assez stupéfiant de constater qu'il y aurait en réalité fort peu de choses à changer : la constitution me paraît fort bien pensée, puisque le déroulement de l'élection présidentielle à deux tours permet tout d'abord un vote d'expression puis un choix binaire dans la configuration issue de l'expression populaire.
Les pouvoirs du parlement sont eux aussi suffisants, le consitutionnaliste Guy Carcassonne va même jusqu'à affirmer (et démontrer !) que la Cinquième République est en réalité un régime parlementaire : le président n'a selon la constitution pas autant de pouvoir qu'on pourrait le croire (du moins temps que l'intégrité de l'Etat n'est pas menacée). Seuls l'usage et la lente construction des partis et des fidélités politiques donnent au président de la République le poids qu'on lui connaît. En réalité, il n'a qu'un pouvoir "d'arbitrage", nous dit la constitution, qui ne précise aucun moyen pour le président d'exercer cet arbitrage. Il n'est pas censé conduire la politique du gouvernement (tâche dévolue au premier ministre), mais seulement "présider le conseil des minsitres", ce qui là encore, ne lui donne en théorie qu'un pouvoir symbolique. Son seul pouvoir en temps de paix est le droit de dissoudre l'Assemblée Nationale. Tout le reste n'est que pouvoir coutumier, seulement consacré par l'usage et le clanisme.
Que ce soit dans la désignation du président ou dans les pouvoirs du parlement, je pense donc qu'il n'y a rien à modifier dans les textes, seuls les usages, donc les hommes, devant changer.
Il n'y a, à mon sens qu'une seule réforme à faire : puisque le principe des camps a supplanté l'exigence de débat à l'Assemblée Nationale, il faut forcer le retour du débat, forcer l'expression des différentes sensibilités du pays en instaurant une part proportionnelle importante à la désignation des députés.
Ne votez pas utile !
Hélas, nos dirigeants passés présents et à venir n'ont rien compris, rien appris. Il est vrai que le vote utile et la binarisation arrangent bien leurs affaires...
C'est pourquoi, ils continuent d'agiter sottement le souvenir du 21 avril 2002 comme on montre un épouvantail à des moineaux.
Le bien de la République voudrait au contraire qu'ils reconnaissent enfin que placer Jean-Marie Le Pen au second tour est devenu le seul moyen que les politiques ont laissé au peuple d'exprimer ses inquiétudes sur des thèmes tels que l'insécurité et l'immigration. Qu'il faudrait que le débat s'ouvre sur ces points (et bien d'autres) au lieu de le verrouiller de plus en plus par une binarisation qui interdit d'évoquer ces sujets autrement qu'en termes politiquement corrects.
Dans le monde bipolaire des hiérarques qui se partagent le pouvoir, il n'y a pas de nuance politique, seulement une alternance binaire.
Dans ce monde fantasmé de seigneurs et de serfs, il n'y a pas de représentation nationale, seulement un camp de valets qui obéissent et se taisent.
La démocratie recule tandis que la mentalité féodale reprend du terrain.
Alors bien entendu, perdu pour perdu, vous vous dites peut-être qu'il vaut mieux choisir l'un des deux camps, puisqu'il n'y en a plus que deux. Mais, ce faisant, vous cautionnez ce système, vous acceptez la binarité.
Au contraire la pluralité du vote de l'ensemble du collège électoral maintient une pression salutaire en exigeant le débat. La sincérité de votre vote est ce qui maintient le caractère démocratique de la République.
Le 22 avril, voterez-vous en votre âme et conscience, ou choisirez-vous de faire allégeance à vos nouveaux seigneurs ?
23:38 Publié dans Réformer ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle, vote utile, proportionnelle
12.04.2007
Du vote utile (1)
A l'approche du premier tour des élections présidentielles, beaucoup de gens autour de moi hésitent, et se posent parfois la question du vote utile.
Je suis pour ma part opposé à ce concept.
Je vais tenter d'examiner le problème en deux temps :
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ce post présentera mes arguments contre le vote utile, et l'importance qu'il y a , à mon avis, à ne pas renoncer à la nature du vote tel qu'il est prévu, « en son âme et conscience »
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bien qu'opposé au vote utile, je comprends les sentiments qui peuvent y conduire, les inquiétudes et les frustrations qui le génèrent. Un deuxième post tentera d'examiner ce malaise et d'y proposer des solutions qui ne passent pas par le vote utile
Les arguments du vote utile
J'ai rencontré en substance deux types d'arguments visant à justifier le vote utile :
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Voter comme si l'on était déjà au deuxième tour : s'il suivait ses seules convictions, X. voterait pour S. Royal. Mais il pense qu'en cas de second tour contre N. Sarkozy, ce dernier l'emporterait, ce qu'il ne veut pas. Il va donc voter pour F. Bayrou au premier tour, car il pense qu'un second tour Sarkozy/Bayrou donne moins de chance à N. Sarkozy.
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Voter pour faire gagner son camp : Y., lui, se sent comme « plutôt de gauche ». Déçu par certaines orientations de Ségolène Royal, il n'hésitera pas, cependant : il va voter pour S. Royal « pour faire gagner la gauche », et n'envisagera pas (ou pas sérieusement) un vote à l'extrême-gauche, vécu comme une dispersion dangereuse, pouvant conduire à un second tour où il n'aurait le choix qu'entre deux candidats qu'il n'apprécie pas.
C'est moins frontal pour Y., mais estimer que le camp est plus important que le candidat réduit tout de même l'éventail de ses possibilités.
Pourtant, à y regarder de près, l'élection présidentielle française est fort bien conçue pour permettre au mieux l'expression du choix populaire.
Les élections présidentielles se déroulent en deux tours : à l'issue du premier tour, l'électeur est appelé à sélectionner lequel parmi les deux candidats restant lui paraît préférable (ou moins détestable...)
Ce qui me paraît crucial dans ce procédé, malgré les défauts qu'il peut avoir, c'est qu'il place au centre la parole du peuple : la configuration du second tour résulte de la libre expression du peuple au premier, tandis que la répartition des voix au premier tour est en elle-même un message de l'ensemble du corps électoral.
L'importance du premier tour de l'élection présidentielle réside dans le fait qu'elle est théoriquement le moment où la République « prend le pouls » du corps électoral.
Escamoter le premier tour pour sauter directement au deuxième, comme le fait X., c'est proposer un autre pouls que le sien. Diluer son vote dans un camp, comme le fait Y, c'est rendre flou, donc moins efficace le résultat de cette « prise de pouls ».
C'est du même coup se priver de toute possibilité de voir se faire le lien entre le peuple et les institutions : par où passerait ce lien si l'électeur « ment » au moment le plus propice à l'expression de ses convictions politiques ?
Il est alors assez cohérent de voir que le raisonnement de X atténue sa liberté : l'essence démocratique du scrutin est niée par la vision de X, ce qui le conduit à affaiblir de lui-même son droit de vote et sa liberté de choix.
L'attitude de Y le conduit aussi à une diminution de ses droits, moins importante peut-être : en privilégiant l'esprit de camp, il conforte les gros blocs et renforce la binarisation de la vie politique française. Il contribue ainsi au verrouillage du débat politique, dont je parlais dés mon premier post.
Votez comme si vous étiez vous-même !
On voit bien l'intérêt qu'ont les deux gros blocs à maintenir la théorie du vote utile, jouant sur la peur, notamment en présentant le 21 avril 2002 comme une catastrophe (ce qui est pour le moins contestable, puisque la constitution ne donne aucun pouvoir au candidat arrivé second).
Il me paraît essentiel de prendre en compte les conséquences à long terme du vote utile :
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Les justifications du vote utile me paraissent à courte vue : chercher à faire élire un candidat de pis-aller au lieu d'exprimer ses convictions ne permet pas de faire passer un message critique, et renforce un système politique qui ne comprend plus vraiment les Français qu'il est censé diriger.
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La logique de camp ne sanctionne pas un camp qui oublie ce qui fonde son identité, et ne saura donc pas se recadrer. Au lieu d'une évolution idéologique en douceur, que permettrait une observation attentive de la répartition des votes, le vote utile condamne à une évolution par crises.
J'en termine en illustrant mon propos par l'exemple du Front National : quoi qu'on en pense, l'électorat de ce parti a trouvé le moyen de peser son poids. En refusant le vote utile, ses électeurs ont progressivement atteint 15-20 % des voix (0,4% au tout début...). En refusant la loyauté envers un camp qu'ils ne reconnaissaient plus, en choisissant de voter pour s'exprimer plutôt que de voter pour avoir un candidat élu, les électeurs qui ont fait ce choix ont réussi à faire en sorte que les thèmes mis en avant par ce parti ne puissent plus être escamotés.
A l'inverse, les électeurs tentés par des alternatives à gauche qui ont préféré le vote utile au vote d'expression peuvent observer l'affaiblissement de leur position : si la critique du capitalisme spéculatif trouve toujours des échos médiatiques, elle ne pèse en revanche aucun poids dans le déroulement de la politique.
Le vote utile peut sembler gagnant à court terme, mais est un pari perdant à long terme, car il est une renonciation partielle au libre droit de vote.
Reste que le sucés que remporte ce concept traduit à mon avis certaines inquiétudes tout à fait légitimes et sensées, que je tenterai d'examiner dans mon prochain post, tout en essayant de proposer des solutions autres que le vote utile, dont j'espère avoir montré aujourd'hui les conséquences délétères.
Certains défauts existent dans le système politique français, et la configuration du second tour peut très bien ne pas vous convenir du tout. Mais il résulte du choix du peuple, et le déroulement du scrutin est conçu pour vous permettre un vote d'expression.
Le 22 avril, choisirez-vous de renoncer à cette liberté ?
11:05 Publié dans Pentes glissantes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : élection, présidentielle, vote utile



